CAMEROUN-EXCLUSIF : Voici les deux nouvelles infractions retenues contre Ernest Obama qui risque le faire retourner à Kondengui

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Accusé dans un premier temps pour détournement de fonds et haute trahison, les faits reprochés à Ernest Obama ont été requalifiés en diffamation, cybercriminalité et tentative d’escroquerie selon nos confrères de Kalara. CamerounWeb vous propose l’intégralité de l’article.

 

Alors que le patron du groupe L’Anecdote avait affiché sa détermination à faire embastiller son ancien chouchou en dépit de fortes pressions opposées à son projet, le journaliste a été remis en liberté sous garant. Les raisons d’une remise en liberté qui était devenue inéluctable.

M Jean-Pierre Amougou Belinga est jaloux de son image d’homme invincible devant la justice. Une image bâtie dans l’opinion sur la base de nombreuses victoires aussi improbables qu’illogiques. Le patron du groupe de presse L’Anecdote l’a encore démontré la semaine dernière à travers une correspondance en principe destinée au procureur général près la Cour d’appel du Centre, qu’il s’est empressé de faire publier sur les réseaux sociaux pour s’aménager une porte de sortie à peu près honorable dans la bataille judiciaire engagée une semaine plus tôt contre son ancien journaliste-chouchou. Alors que la garde à vue de M. Ernest Obama devait inexorablement prendre fin, contre le vœu de celui qui voulait le voir coûte que vaille dahs la prison centrale de Kondengui, l’homme d’affaires a instruit le haut magistrat de remettre le journaliste en liberté pour des raisons prétendument humanitaires.

 

«J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir surseoir à la procédure de placement en détention provisoire de M. Ernest Obama, pour des raisons humanitaires, dans l’affaire qui l’oppose à Jean-Pierre Amougou Belktga, PDG du groupe L’Anecdote», a écrit le concerné sur papier en-tête dudit groupe, avant de préciser que «cette sollicitation n’éteint pas l’action publique que le ministère public doit poursuivre. Il s’agit tout simplement pour des raisons humanitaires de lui permettre de comparaître libre». On aurait dit un ordre du ministre de la Justice lui-même transmis par écrit à son proche collaborateur… L’image du pouvoir judiciaire ne pouvait pas en sortir indemne. Surtout sur tes réseaux sociaux.

 

Dans l’après-midi du jeudi 25 juin 2020, au lendemain de la signature du courrier du PDG du groupe L’Anecdote, M. Obama avait rendez-vous avec le procureur de la République près le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé – centre administratif (CA), subordonné du procureur généraL Le journaliste avait été présenté à cette autorité judiciaire deux jours plus tôt pour décider de la suite de la procédure judiciaire engagée tambour battant contre lui le jeudi précédent, suite à une dénonciation verbale de M. Amougou Belinga. Après une concertation entre le procureur général et le procureur de la République, ce dernier avait décidé de renvoyer le journaliste au Groupement territorial de gendarmerie du Mfoundi, à Yaoundé, en rallongeant sa garde à vue de 48 heures. Cette rallonge, avait alors indiqué le procureur, était rendue nécessaire pour un «complément d’enquête».

 

Griefs inconsistants…

Jeudi dernier, finalement, le procureur de la République a remis le journaliste en liberté après lui avoir exigé la présentation d’un garant afin d’assurer sa présence lors de ses éventuels rendez-vous futurs avec la justice dans le cadre du dossier en cours. Mais M. Obama n’a pas été fixé sur le sort du dossier judiciaire lui-même. Poursuivi notamment pour diffamation, cybercriminalité et tentative d’escroquerie, le journaliste pouvait être conduit devant un juge d’instruction, pour un approfondissement de l’enquête, ou encore être renvoyé directement en jugement devant le juge des flagrants délits, à défaut de voir l’affaire être tout simplement classée sans suite judiciaire, si les griefs du plaignant étaient jugés inconsistants. Sebn l’un des avocats du journaliste, le procureur de la République est resté indécis jusqu’à jeudi dernier, montrant un peu plus son embarras dans cette affaire.

 

Les tergiversations implicites du procureur de la République témoignent peut-être que le «complément d’enquête» prescrit le lundi précédent n’a pas apporté suffisamment de lumière sur la consistance ou non des griefs retenus par M. Amougou Belinga dans sa plainte contre M. Obama. Une telle éventualité n’est sans; doute pas surprenante au regard des informations glanées par votre journal auprès des sources proches dé l’enquête. L’auteur de ces lignes a notamment été informé qu’une confrontation était attendue entre le plaignant et le mis en cause pour les départager, le journaliste considérant que les dénonciations faites par son patron dans sa plainte relèvent simplement de son imagination. M. Amougou Belinga aurait curieusement refusé de se prêter au jeu de la confrontation…

 

En revanche, les 48 heures supplémentaires du séjour de M. Obama entre les mains de la gen-darmerie ont été mises à contribution par les proches du milliardaire Amougou Belinga, pour obtenir que le journaliste présente coûte que vaille des excuses écrites à son ancien patron afin d’éviter à ce dernier de perdre la face. M. Obama, qui renouvelle depuis le déclenchement des hostilités à son égard sa détermination à ne jamais s’attaquer à son «père» Amougou Belinga en privilégiant un «arrangement à l’amiable», aurait accepté de jouer le jeu tout en se préservant du ridicule.

 

Archange Touadera

De ce fait, les termes de la lettre écrite par le journaliste et remise dans la soirée du mardi, 23 juin 2020, aux envoyés du PDG du groupe L’Anecdote ne sont pas susceptibles d’alimenter le lynchage médiatique de sa personne. Un lynchage qui s’est poursuivi toute la semaine dernière dans les médias contrôlés par le plaignant.

 

Peu avant la remise en liberté du journaliste, une rumeur a circulé, faisant état de l’intervention des autorités diplomatiques centrafricaines dans l’affaire Obama. L’ambassadeur de RCA au Cameroun aurait rencontré le ministre de la Justice pour s’indigner que le nom du chef de l’Etat de ce pays voisin soit gratuitement associé à des démêlés judiciaires concernant le journaliste et son patron. L’indignation du président Faustin Archange Touadera aurait connu un écho tout aussi indigné auprès de son homologue camerounais, qui aurait instruit au ministre de la Justice de faire interrompre le cirque. Kalara n’a pas pu obtenir confirmation de cette rumeur, bien qu’il soit établi que dans sa quête inlassable de l’embaslillement de son ancien collaborateur, M. Amougou Belinga n’a jamais hésité à affirmer que M. Obama avait noué dans son dos des relations avec un opposant au président Touadera…

 

Rappelons que l’affaire opposant M. Amougou Belinga à M. Obàma avait démarré de façon tonitruante dans la matinée du 18 juin 2020. Arrivé assez tôt dans à son bureau pour assumer ses obligations professionnelles, le journaliste était séquestré par les vigiles aux ordres de son patron, déchaussé et obligé de se rendre, pieds nu dans le bureau de M. Amougou Belinga, où il subissait d’autres humiliations. Sur la base d’un coup de fil passé par le procureur de la République près le TPI de Yaoundé CA, une escouade d’une vingtaine de gendarmes était déployée au siège de Vision, 4, selon un scénario renvoyant à, la capture d’un gangster.

 

Le journaliste était mis aux arrêts au Groupement territorial de gendarmerie du Mfoundi et une, enquête pour flagrance était prescrite par le procureur aux gendarmes avec garde à vue. Les images de cette théâtralisation .faisaient rapidement le tour du monde, soulevant une forte indignation, notamment auprès des adversaires du journaliste, de ses admirateurs et des notables de la, communauté des deux protagonistes.

 

A travers la rumeur, puis des «informations» diffusées par les organes de presse du groupe L’Anecdote, mais aussi d’autres journaux contrôlés par le milliardaire, l’opinion apprenait que l’ancien DG de Vision 4 est accusé «d’abus de confiance», de «haute trahison», d’avoir «divulgué des informations stratégiques de l’entreprise aux activistes des réseaux sociaux», de «coups bas», d’avoir négocié des contrats de consultant dans le dos de son patron, de «malversations financières (à hauteur de 100 millions de francs) et de surfacturations», de vouloir soutenir un opposant à l’actuel chef de l’Etat centrafricain dans la perspective de la prochaine présidentielle, de saboter des actions instruites par Paul Biya avec la complicité de certaines hautes personnalités, d’avoir en projet d’écrire un livre sur le chef de l’Etat camerounais avec l’intention de le faire préfacer par Faustin Archange Touadera, le président centrafricain, etc.

 

«La prix de la trahison™»

M. Amougou Belinga, qui a déjà fait mordre la poussière devant la justice à de nombreux adversaires grâce à ses solides appuis dans le milieu judiciaire, n’a jamais cru que son ancien poulain pouvait échapper à une incarcération rapide. Dans son tableau de chasse figurent en effet des noms très connus comme le Pr Emmanuel Pondy, le président du Conseil national de la Communication Peter Essoka, Georges Gilbert Baongla, ses anciens collaborateurs Xavier Messe, Patrick Sapack et David Eboutou…

 

En réponse aux nombreuses pressions qu’ils subissaient de la part de ses «frères» pour mettre un terme aux poursuites engagées contre le journaliste, il s’était montré sans concession: «Le prix de la trahison ne se marchande pas. Je me rends (…) compte que la plupart parmi vous ne me connaissent malheureusement guère. Il paiera le prix de sa forfaiture afin que cela serve de leçon à nos frères qui n’ont ni le sens de l’amour du prochain, ni du bien», écrivait le milliardaire il y a quelques jours dans un groupe de discussion communautaire.

 

Evoquant des pressions qui seraient aussi venues de la présidence de la République, du directeur du Cabinet civil ou du Secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, il avait été sentencieux : «Je le redis de manière solennelle : aucun d’eux ne pourra le sortir de là», en référence à son lieu d’incarcération. La donne a visiblement changé en éclaboussant ses soutiens intéressés au sein de la magistrature et tout le corps avec. Cette correspondance du 24 juin 2020, qui enjoint le procureur général près la Cour d’appel du Centre de faire libérer Obama, n’est finalement pas le fait d’un invincible. Mais celui d’un justiciable qui essaie enfin de reposer ses pieds sur terre… L’affaire Obama n’a peut-être pas encore achevé d’apporter des révélations sur la justice camerounaise et certains de ses animateurs.

 

Source: camerounweb.com/kalara

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