Traitements contre le Covid : Remdesivir, HCQ… Voici enfin ce que conclut l’essai géant de l’OMS

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    L’étude n’a pas permis de prouver l’efficacité des antiviraux – y compris du Remdesivir, pourtant porteur d’espoir – dans le traitement des patients atteints du coronavirus.

    Il est le « plus grand essai contrôlé randomisé au monde sur la thérapeutique Covid-19 ». Solidarity Therapeutics, coordonné par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), vient de donner ses premiers résultats sur l’efficacité des médicaments utilisés pour le traitement du nouveau coronavirus. Et aucun antiviral ne semble efficace pour réduire la mortalité à l’hôpital ou la durée d’hospitalisation.

    L’étude, qui couvre plus de 30 pays, a examiné depuis mars dernier les effets du remdesivirde l’hydroxychloroquine, et de combinaisons associant le lopinavir, le ritonavir et l’interféron sur la mortalité globale, le début de la ventilation et la durée d’hospitalisation des patients hospitalisés. 11 266 adultes ont été randomisés (tirés au sort et attribués à un groupe), dont 2 750 attribués au Remdesivir, 954 Hydroxychloroquine, 1 411 Lopinavir, 651 Interféron plus Lopinavir, 1 412 uniquement Interféron et 4088 sans médicament à l’étude.

    « C’est un essai ouvert c’est-à-dire que les patients connaissaient les traitements, et contrôlé, car il y avait un groupe contrôle, non traité. Il s’agit d’un essai d’extrêmement bonne qualité », assure auprès du Parisien Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat (XVIIIe), membre du comité de pilotage européen de l’essai Discovery, associé à Solidarity.

    Pas de surmortalité associée à l’hydroxychloroquine

    Que révèlent ces premiers résultats ? L’inefficacité des traitements antiviraux pour réduire la mortalité ou la durée d’hospitalisation de patients Covid-19. Si cette publication est « pré-print », c’est-à-dire qu’elle n’a pas été examinée par d’autres médecins, elle a déjà été acceptée et ne devrait pas subir de modifications, assure l’infectiologue.

    A 28 jours, selon la synthèse réalisée par Thibault Fiolet, épidémiologiste à Paris-Saclay, la mortalité dans le groupe traité au Remdesivir est de 12,5 % contre 12,7 % dans le groupe contrôle. Elle est de 10,2 % pour l’hydroxychloroquine, contre 8,9 % dans le groupe contrôle. Pour le Lopinavir et l’Interferon, la mortalité est respectivement de 9,7 % et 12,9 pour les groupes traités, contre 10,3 % et 11 % dans les groupes contrôles.

    Si concernant l’hydroxychloroquine la courbe de mortalité augmente légèrement, cela ne signifie pas que l’antiviral augmente la mortalité des patients. « Il n’y a pas de différence de mortalité, on ne peut pas le dire. En revanche, le fait que la courbe aille dans ce sens, cela veut dire qu’on ne pourra pas réinterpréter ces résultats à la faveur de l’hydroxychloroquine », note Nathan Peiffer-Smadja.

    Une « énorme montée en puissance » de l’OMS

    Pour le scientifique, le plus grand enseignement de cette étude concerne surtout le Remdesivir, considéré comme l’un des traitements les plus prometteurs contre le Covid-19 et recommandé en juin par l’Agence européenne des médicaments. « L’hydroxychloroquine, tout le monde l’a abandonnée. Le Lopinavir/ritonavir, c’est également terminé depuis plusieurs mois. L’énorme surprise, c’est le Remdisivir. Avec les résultats Discovery, nous allons être les seuls à pouvoir trancher », assure-t-il. Récemment, deux grandes études américaines ont, elles, montré que le Remdesivir pouvait réduire la durée d’hospitalisation.

    En attendant des résultats complémentaires de Discovery, Giléad, le laboratoire qui a développé le remdesivir, balaie déjà les premiers résultats de Solidarity. « Les données émergentes semblent incohérentes avec des preuves plus solides provenant de multiples études randomisées et contrôlées publiées dans des revues à comité de lecture validant le bénéfice clinique du Veklurynull (remdesivir). Nous sommes préoccupés par le fait que les données de cet essai mondial ouvert n’ont pas fait l’objet de l’examen rigoureux requis pour permettre une évaluation scientifique constructive », écrit le laboratoire dans un communiqué de presse.